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Pour en finir avec la loi 21

Depuis son adoption le 16 juin, la loi 21 dite « sur la laïcité de l’État » a été un élément central dans les débats politiques et idéologique, en plus de devenir l’enjeu de batailles juridiques. Son application cause déjà des drames personnels. Le mouvement qui s’y oppose activement est encore marginal et les sondages semblent indiquer qu’elle bénéficie toujours d’un appui majoritaire. Allons-nous assister à un durcissement du nationalisme conservateur triomphant? Un renversement de tendance vers une vision inclusive du Québec est-il envisageable? Quelle stratégie devrions-nous mettre de l’avant pour mettre fin à cette injustice et prévenir d’autres défaites sur le plan des droits de la personne? Des éléments de réponse à ces questions se trouvent dans les origines de la loi, les arguments qui l’ont justifiée et l’alignement des forces sociales et politiques qui en résulte.
Un nationalisme à l’ancienne
L’adoption du projet de loi 21 a été l’aboutissement d’une longue bataille idéolo…

Deux logiques démocratiques

Un des débats les plus difficiles du prochain congrès de Québec solidaire sera sans doute celui portant sur la transition vers l’indépendance. Les propositions initiales pour ce débat ont été tirées directement du programme d’Option nationale et leur traitement à la mi-novembre constitue une étape importante dans le processus de fusion. De nombreux amendements ont été envoyés par des associations et d’autres instances, ce qui indique à la fois que le sujet a été largement débattu (ce qui est excellent) et que son traitement sur le plancher du congrès sera difficile.
La critique nécessaire de l’ordre canadien
Ce qui rend ce débat particulièrement ardu est qu’il est l’occasion d’une confrontation entre deux visions également démocratiques et légitimes. La première vision, inspirée notamment par ON, consiste à rejeter la légalité constitutionnelle canadienne pour son manque flagrant de démocratie. La constitution de 1867 avait été adoptée par le parlement de Londres et celle de 1982 a é…

Le chemin parcouru

Il y a 30 ans, quelque part en 1989, alors étudiant en histoire à l’Université de Montréal, j’ai été interrogé par un militant sur mon orientation politique. Ma réponse a été que j’étais socialiste et indépendantiste. Il m’a répondu que ces deux idées étaient contradictoires. Mais je me souvenais d’avoir acheté des journaux dans des manifestations qui avaient justement comme slogan « pour le socialisme, le féminisme et l’indépendance ». J’ai donc décidé d’appeler au numéro qui figurait sur les journaux en question. Je suis rapidement devenu membre du groupe Gauche socialiste (GS). Je n’ai jamais aimé me faire dire ce qui était impossible et je n’ai jamais toléré les donneurs de leçon…
La perspective politique du groupe à l’époque était de favoriser le rassemblement de la gauche indépendantiste et féministe en même temps que l’autonomie politique de la classe ouvrière. Ces deux objectifs étant les deux faces indissociables de la même médaille. Sans une gauche unie, le mouvement ouvri…

Qu’est-ce que le sectarisme ?

Tout le monde, à gauche, s’entend pour désapprouver verbalement le sectarisme. Nous parlons ici du sectarisme politique, présent dans les organisations de gauche et les mouvements sociaux, et non du sectarisme religieux avec qui il a plusieurs points communs par ailleurs. Mais sans une définition claire du concept, on pourrait avoir tendance à simplement décrire comme sectaires les idées et les groupes avec lesquelles nous sommes en désaccord … ce qui serait une forme de sectarisme ! Proposons donc une description du problème fondée sur une histoire des idées de gauche en vue de clarifier la discussion sur le sujet. Notre intention étant de contribuer tout particulièrement au processus en cours visant à fonder une nouvelle organisation socialiste au Québec. Notre thèse de base est que le sectarisme résulte de l’influence des idées philosophiques et politiques bourgeoises sur le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux. Ces idées prennent leurs racines dans les tendances les plus ra…

Québec solidaire : le parti des enfants de la loi 101

Une des critiques les plus courantes de Québec solidaire (QS) consiste à associer ce parti au multiculturalisme canadien. Les débats actuels au sein du parti sur la laïcité et les signes religieux ont donné aux commentateurs une nouvelle occasion d’entonner en chœur ce lieu commun. Il se trouve que, lors de la dernière élection générale, QS est arrivé premier parmi les moins de 35 ans. Qu’est-ce qui caractérise cette tranche de la population ? Notamment le fait d’avoir fréquenté les écoles francophones et multiethnique créées par la Charte de la langue française (loi 101).
QS est donc le parti des enfants de la loi 101, de ces jeunes qui voient le peuple québécois comme la rencontre entre des gens de toutes origines autour du socle commun de la langue française. Bref, cette génération est allée à l’école de la politique d’interculturalisme mise en place par le gouvernement de René Lévesque. Cette politique était la seule réponse rationnelle au nouveau projet national canadien fondé …

Objectif : 3 millions de votes

Depuis le 1er octobre 2018, Québec solidaire n’est plus en mode de lutte pour sortir de la marge ou éviter d’y retourner. Avec 16% des votes, 10 députés et la reconnaissance officielle à l’Assemblée nationale, nous sommes un acteur politique incontournable et bien installé.
Notre prochain objectif sera de remporter les élections de 2022, ce qui va demander de doubler nos appuis. Nous avons obtenu environ 650 000 votes le 1er octobre dernier. La CAQ a remporté un gouvernement majoritaire avec 1,5 million de suffrages. Mais pour nous, ce n’est qu’un début. Pour réaliser notre projet politique, il faudra aussi remporter le référendum sur l’indépendance environ trois ans plus tard, ce qui implique de les doubler à nouveau.
En effet, on peut présumer que le taux de participation lors d’un tel référendum sera équivalent à celui de 1995 (93,25%), par opposition aux 66% de la dernière élection. La population ayant augmenté significativement entre 1995 et 2025, le nombre total de personnes …

Quelle stratégie contre le populisme de droite ?

Les dernières années ont été marquées par une montée inquiétante du populisme de droite à travers le monde. Ce courant politique est au pouvoir dans plusieurs pays d’Europe centrale et de l’Est, aux États-Unis, et probablement bientôt au Brésil. Il est marqué à la fois par une adhésion toute formelle à des institutions démocratiques et par un mépris profond pour des valeurs démocratiques comme l’égalité des droits et le pluralisme politique.
Ce populisme vise à imposer des valeurs conservatrices à toute la société en obtenant l’appui d’une majorité (ou d’une simple pluralité) de l’électorat. Les droits de la personne, les droits des femmes, le droit à la dissidence, les droits des minorités, le droit international n’ont alors aucune légitimité. C’est la dictature d’une majorité nationaliste et conservatrice instrumentalisée par des institutions superficiellement démocratiques. De là à une nouvelle forme de fascisme, il n’y a pas une grande distance à franchir.
C’est cette dynamique qu…