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Le grand malentendu

La crise profonde du mouvement indépendantiste québécois est loin d’être résolue. La rupture entre Martine Ouellet, cheffe du Bloc québécois, et la majorité de ses députés, n’en est que le plus récent symptôme. Mme Ouellet et son équipe veulent donner au Bloc québécois une orientation clairement indépendantiste, tandis que les sept démissionnaires demeurent attachés à la notion très vague de « défense des intérêts du Québec ». Le retour de Jean-Martin Aussant au Parti québécois, avec toutes les contorsions rhétoriques qu’elle a demandé, ne fait que mettre en relief l’incapacité du PQ à clarifier sa démarche souverainiste : mettre à jour quelques études est une caricature d’approche bureaucratique et le contraire d’un appel à la mobilisation. La troisième place du PQ dans les sondages, une tendance lourde depuis plus d’un an, laisse présager une nouvelle crise majeure dans ce parti au lendemain des élections du 1er octobre. La situation actuelle du Bloc pourrait être un avant-goût de c…

« Notre gauche » : réponse à Favreau et Bouchard

Dans leur manifeste « L’Aut’gauche », Louis Favreau et Roméo Bouchard dénoncent ce qu’ils qualifient de « gauche multiculturelle et post-nationale ». Ce faisant, ils mettent l’accent sur un clivage significatif dans le paysage politique québécois des dernières années, soit les débats sur les accommodements raisonnables et la Charte des valeurs. Tout le reste de leur manifeste correspond pratiquement mot pour mot au programme de Québec solidaire. Il semble donc s’agir d’une déclaration clarifiant pourquoi les signataires du texte rejettent ce parti.
Ils considèrent que cette gauche, dont QS est l’expression dans le paysage électoral, sacrifie le projet politique collectif et les droits de la majorité au nom d’une défense des droits de toutes les minorités; une approche prétendument inspirée par la Charte canadienne des droits. Cette opposition entre le collectif et l’individuel, entre la communauté nationale et les minorités, nous semble un faux débat basé sur une caricature des idée…

Trump : un an de résistance

« Donald Trump est président des États-Unis. » Cette phrase, vraie depuis le 20 janvier 2017, est encore difficile à entendre ou à prononcer. L’incrédulité et le choc de la soirée électorale ont depuis cédé la place à l’horreur face à des politiques cruelles, discriminatoires et ploutocratiques  comme on n’en avait pas vues au moins depuis Reagan. Sans oublier un renouvellement constant de l’incrédulité de départ face à des déclarations (verbales ou tweettées) à l’emporte-pièce qui se suivent à un rythme essoufflant. 
Ma réaction initiale, comme dans les phases du deuil, avait été celle du déni. Trump ne pouvait pas vraiment gouverner comme il avait fait campagne : sur la base d’un racisme et d’un sexisme flagrants, d’un étalage sans gêne d’ignorance et d’incompétence, d’un manque total d’empathie, même feinte. Les institutions stables et solides que sont le Parti républicain, le Congrès, le système judiciaire et les bureaucraties des divers Départements allaient avoir raison de cet…

Changer le monde, rien de moins !

À l’occasion de la présentation de ma candidature comme responsable aux orientations, je disposais de deux minutes pour m’adresser aux personnes présentes, le vendredi soir du congrès, quelque part entre l’adoption de l’ordre du jour et les discours de nos invitées de la Catalogne. Plusieurs personnes sont venues me voir par la suite avec des commentaires très positifs et parfois la suggestion de le publier. Voici donc, approximativement, le contenu de ce petit discours. ************** Je vais prendre ce temps qui m’est accordé pour vous faire part de mes motivations, en commençant par vous faire une confidence.
Il y a des jours ou je désespère dans l’humanité.
Des jours ou je me dis qu’on n’y arrivera pas.
Qu’on ne développera pas collectivement la maturité qu’il faut pour cesser de détruire les écosystèmes qui nous donnent la vie et les liens sociaux qui lui donnent un sens.
Qu’on n’arrêtera pas de s’entretuer et de se brutaliser.
Qu’on ne créera pas des sociétés capables de mettre en…

La souveraine indifférence

L’entente de fusion entre QS et ON ajouterait au programme du parti la phrase suivante : «… un gouvernement de Québec solidaire appliquera les mesures prévues à son programme, qu’elles soient compatibles ou non avec le cadre constitutionnel canadien. » Cette idée s’ajoute au paragraphe qui constate déjà que le fédéralisme canadien est irréformable et que le programme de QS serait impossible à mettre en œuvre sans l’ensemble des pouvoirs d’un État indépendant.
Il s’agit, selon nous, de l’élément le plus important de toute l’entente. Il clarifie le profil politique et la stratégie d’ensemble du parti. Nous y affirmons clairement notre engagement envers la souveraineté du peuple, un peuple qui n’a jamais consenti à la constitution de 1982. Affirmer la souveraineté populaire tout en s’engageant à respecter à la lettre cette loi suprême illégitime imposée par dix hommes (les premiers ministres du Canada et des 9 autres provinces) serait une démarche contradictoire.
À ceux et celles qui …

Racismes, privilèges et incompréhensions

La controverse autour de la Consultation sur le racisme et la discrimination systémique, qui a eu raison de ce modeste effort, donne nettement l’impression que si la société québécoise n’est pas plus raciste qu’une autre, nous éprouvons plus de difficulté que d’autres à discuter sereinement de la question. Pour comprendre pourquoi il en est ainsi, faisons ensemble un petit tour dans notre passé.
Le racisme sert toujours à justifier une forme de domination exercée sur une population jugée inférieure. Il prend parfois la forme d’une négation de l’existence même du groupe dominé, en vue de le marginaliser complètement. C’est ce qui était implicite dans le geste fondateur du Québec et du Canada, soit la déclaration de Jacques Cartier en 1534 affirmant que ce pays - dont il ne connaissait pas grand-chose et qui restait à délimiter - appartenait désormais à la France. Il s’en est suivi cinq siècles de dépossession et de colonialisme dont les Premières nations subissent toujours les conséqu…

La fusion QS-ON et la mutation du paysage politique

L’entente de principe pour une fusion entre Québec solidaire et Option nationale constitue une étape importante dans un long processus de rassemblement à gauche et de redéfinition de la scène politique québécoise. Le rejet de cette entente par Québec solidaire constituerait une erreur stratégique monumentale et un obstacle de taille sur le chemin de la réalisation de notre projet commun.
En arrière-plan du regroupement graduel et de l’expansion d’une alternative politique de gauche indépendantiste se trouve la crise prolongée du Parti québécois. Celui-ci est dans une impasse stratégique depuis l’échec du second référendum et en est réduit maintenant à un engagement formel à ne rien faire en direction de l’indépendance durant un très hypothétique prochain mandat au gouvernement. Son ralliement total aux dogmes de la doctrine économique dominante depuis les années 1980, particulièrement frappant avec le tournant du déficit zéro de 1996, avait permis l’émergence de nouvelles forces pol…